Méditer les évangiles du dimanche et du vendredi — Eglise Saint-Paul de La Plaine

Aller au contenu. | Aller à la navigation

Outils personnels

Eglise Saint-Paul de La Plaine Eglise Saint-Paul de La Plaine
Actions sur le document

Méditer les évangiles du dimanche et du vendredi

En attendant que nous puissions nous retrouver à nouveau, Jean-Marie Carrière (jésuite) et Alain Le Négrate (prêtre de la Mission de France) proposent chaque dimanche et chaque vendredi une méditation sur l'évangile du jour

La messe en vidéo du Pape François à Sainte-Marthe en vidéo (à 7h)

Le dimanche, la messe est diffusée :

à 11h sur France 2 (Le Jour du Seigneur)
à 18h30 sur KTO à Saint Germain l’Auxerrois 

Les Heures: AELF

Le site « Prie en chemin » peut aussi nous aider.

 

Les Suggestions pour les prières

Méditation du vendredi 29 mai

Homélie pour le 7è dimanche de Pâques, 24 Mai

Méditation du vendredi 22 mai

Homélie pour le 6è dimanche de Pâques, 17 Mai

Méditation du vendredi, 15 Mai

Homélie pour le 5è dimanche de Pâques, 10 Mai

Méditation du vendredi, 8 Mai

Homélie pour le 4è dimanche de Pâques, 3 Mai

Méditation du vendredi, 1 Mai

Méditation du dimanche, 26 Avril

Méditation du vendredi, 24 avril

Méditation du dimanche, 19 Avril

Méditation du Vendredi, 17 Avril

Méditation du Vendredi saint, 10 avril

Dimanche des Rameaux et de la Passion

Méditation du Vendredi, 03 Avril

Méditation du Vendredi, 27 Mars

Méditation du Dimanche 22 Mars

Méditation du Vendredi, 20 Mars

Suggestions pour un temps de prière, Dimanche 15 Mars.

 

 

Méditation du vendredi 29 mai

Alain LE NÉGRATE

 « Voici que je fais toutes choses nouvelles » (Ap 21,5)

 

Nous arrivons à la fin du temps pascal. Les lectures de ce jour (et de demain) achèvent le parcours de tout le livre des Actes d'une part, et de l'Evangile de Jean d'autre part. Dans les Actes, Paul est en prison à Césarée depuis deux ans. Devant le roi Agrippa II et sa sœur Bérénice, il expose sa défense en racontant à nouveau sa conversion sur la route de Damas. Puis il va partir vers Rome, le centre du monde connu. Alors sa mission va s'achever, en portant l'Evangile aux extrémités de la terre. Dans le quatrième Evangile, à trois reprises, le Ressuscité questionne le prince des apôtres : « M'aimes-tu ? ». Quand Pierre a répondu, il lui dit à nouveau : « Suis-moi ». En réalité, dans les deux cas, ce n'est pas une fin, mais un début, un recommencement. Pourquoi ?

1) Parce que si l’Evangile est parvenu sans obstacles jusqu’à l’Urbs, il n'a encore ni traversé ni renversé les cœurs et l'histoire.

2) Parce que, quand Jésus questionne Pierre, ce dernier ne comprend pas. Deux fois, à la question : « M'aimes-tu d'amour-agapè » (jusqu'à tout donner pour moi), l'apôtre répond : « Oui, je t'aime d'amitié-philia » (comme un pote). Alors le Ressuscité, comprenant que Pierre n'est pas vraiment le roc qu'évoque son nom, descend à son niveau la troisième fois : « M'aimes-tu d'amitié-philia ? » Pierre est alors seulement peiné de devoir se répéter. Objectivement, il n’est pas à la hauteur ; qu’adviendra-t-il donc par la suite ?

Pour que l'aventure du christianisme commence vraiment, il faudra des crises, des erreurs, des années, des siècles et davantage pour que l'Esprit inspire, susurre et propose aux humains de se rendre disponibles. Afin qu’ils puissent sortir d’eux-mêmes et répondre à l’invitation : « Suis-moi » pour une aventure de foi, d’amour, de joie et de paix profonde. Là est la force paradoxale, la toute-puissance de notre Dieu. Dans le Nouveau Testament, ce Créateur et Père révélé par le Fils Bien-Aimé, parle seulement à quatre reprises. Au Baptême de Jésus, à la Transfiguration et, dans le quatrième Evangile, au moment crucial de l'Heure (Jn 12,28-30). La dernière fois, tout à la fin de l'Apocalypse, c’est dans la Jérusalem céleste quand il déclare : « Voici que je fais toutes choses nouvelles » (Ap 21,5). Celui qui fait toutes choses nouvelles, c'est équivalemment l'Esprit de Pentecôte :

L'événement pascal, advenu une fois pour toutes, comment devient-il nôtre aujourd'hui ? Par Celui-là même qui en est l'artisan dès l'origine et dans la plénitude du temps : l'Esprit-Saint. Il est personnellement la Nouveauté à l'œuvre dans le monde. Il est la Présence de Dieu-avec-nous, « joint à notre esprit » (Rm 8,16) ; sans lui, Dieu est loin, le Christ est dans le passé, l'Evangile est une lettre morte, l'Eglise une simple organisation, l'autorité une domination, la mission de la propagande, le culte une évocation et l'agir chrétien une morale d'esclave.

Mais, en Lui et dans une synergie indissociable, le cosmos est soulevé et gémit dans l'enfantement du Royaume, l'homme est en lutte contre « la chair », le Christ ressuscité est là, l'Evangile est puissance de vie, l'Eglise signifie la Communion trinitaire, l'autorité un service libérateur, la mission une Pentecôte, la liturgie mémorial et anticipation, l'agir humain est déifié. (1)

 Dernier mot : ce commentaire du vendredi pendant le temps de confinement, est le dernier par écrit sur ce portail. Le vendredi 5 juin 2020, nous reprendrons nos rendez-vous de méditation, de prière et d'eucharistie "en présentiel". Bonne fête de Pentecôte. AMEN.

 (1) Mgr Ignace IV Hazim (1920-2012), Métropolite de Lattaquié et Patriarche d’Antioche, dans sa conférence d’ouverture au Conseil Œcuménique des Eglises (COE), Uppsala (Suède), 1968.

 

 

Septième Dimanche de Pâques

Mon cœur m’a redit ta parole :
« Cherchez ma face. »

Psaume 26,8

Actes des Apôtres, chapitre 1, versets 12 à 14

Tous, d’un même cœur, étaient assidus à la prière,
avec des femmes, avec Marie la mère de Jésus, et avec ses frères.

Le mois de mai est le mois de Marie. Nous prions davantage avec Marie, comme les disciples au Cénacle, en ce mois, ce qui nous conduira à la joie de célébrer enfin ensemble la Pentecôte, cette année au dernier jour du mois. Prier avec les « Je vous salue, Marie » du chapelet et du Rosaire, selon la tradition de l’Eglise :

https://croire.la-croix.com/Definitions/Priere/Prier-le-Rosaire

Saint Ignace de Loyola nous invite à contempler le mystère de l’Incarnation. Voir d’abord toute l’immensité du monde, les hommes si divers, leurs entreprises et leurs relations. Puis entendre la sainte Trinité se concerter : comment faire le salut du genre humain ? Enfin, voir la toute petite ville de Nazareth, l’humble maison de Joseph et de Marie, et la jeune femme toute émue de la visite de l’ange. En ce moment précis, l’incomparable dessein de Dieu en notre faveur est accueillie par l’humilité joyeuse d’une jeune femme de Galilée : « Me voici, qu’il m’advienne selon ta parole ». Disponibilité de Marie, que la mère de Jésus apprendra aux serviteurs de la noce de Cana : « Faites ce qu’il vous dira ».

Après les années de discrétion à Nazareth, Jésus quitte la maison familiale, pour se mettre à la suite de Jean le Baptiste, puis pour parcourir les villes et villages de Galilée, et rencontrer et affermir tant de gens qui espèrent la santé, la fraternité, l’hospitalité. Venue le retrouver, Marie sa mère n’est pas troublée par la parole de son fils : « Ma mère et mes frères, ce sont ceux qui font la volonté de Dieu ». Car c’est son attitude profonde depuis longtemps, une ouverture au dessein de Dieu.

Douleur de Marie lors du procès à Jérusalem, de la crucifixion de Jésus, auprès de qui elle se tient, nous apprenant la compassion véritable, celle qui participe avec un grand respect.

Saint Ignace nous suggère, sans que cela ne soit raconté dans les évangiles, que Marie veillait après la mort de Jésus, en scrutant les Ecritures pour y entendre la parole divine, parole de promesse, parole de vie, au sujet de son fils. Et que le Ressuscité est apparu en premier à sa mère, dont la foi avait commencé à pressentir que Dieu son père ne le laisserait pas au pouvoir de la mort. Marie nous apprend la foi en la résurrection.

Prions Marie en ce mois de mai. Que, par son intercession, nous puissions entrer davantage dans la joie du Ressuscité, et la partager, avec la puissance de l’Esprit, avec tous ceux et celles que nous rencontrons.

Amen !

 

Ce septième dimanche de Pâques, chantons pour Marie :

 

Toi qui ravis le coeur de Dieu

et qui l’inclines vers la terre,

Marie, tu fais monter vers lui

ta réponse en offrance.

 

Toi qui reçois l’appel de Dieu

comme une terre la semence,

tu laisses prendre corps en toi

l’espérance nouvelle.

 

L’homme a perdu la joie de Dieu

en refusant la ressemblance,

par toi le Fils nous est donné

qui nous rend à son Père.

 

Vierge bénie qui portes Dieu,

promesse et gage de l’alliance,

l’amour en toi rejoint nos vies

et les prend dans la sienne.

 

 

Méditation du vendredi 22 mai

Alain Le NÉGRATE

« J’ai à moi un peuple nombreux dans cette ville » (Ac 18,10)

Cela fait six ans qu'à La Plaine-Saint-Denis, la Maison d’Eglise Saint Paul a été inaugurée ; c’était le samedi 24 mai 2014. Nous nous y retrouvons parce qu'en cette ville aussi le Seigneur est avec nous, qu'il nous y attend, nous rassemble et nous envoie. Dans la première lecture de ce jour, l'Apôtre Paul arrive à Corinthe. Dans un songe le Seigneur lui dit : « Rassure-toi, je suis avec toi. Personne ne te fera de mal, car j'ai à moi un peuple nombreux dans cette ville. » (Ac 18,9-10). Il va rester là dix-huit mois, et il s'adjoint un couple, Priscille et Aquilas. Ensuite, ensemble, ils vont prendre le bateau au port de Cenchrées pour faire voile vers ailleurs. A La Plaine, certains se rencontrent à Saint Paul parce qu’ils sont disciples du Seigneur. Ils y passent aussi, puis s’en vont ailleurs, au gré des circonstances familiales, professionnelles ou pour d’autres raisons, comme autant de Priscille et Aquilas :

Aquilas provenait géographiquement de la diaspora de l'Anatolie septentrionale, qui s'ouvre sur la Mer Noire – dans la Turquie actuelle –, alors que Priscille, dont le nom se trouve parfois abrégé en Prisca, était probablement une juive provenant de Rome (Ac 18,2). C'est en tout cas de Rome qu'ils étaient parvenus à Corinthe, où Paul les rencontra au début des années 50 ; c'est là qu'il s'associa à eux car, comme nous le raconte Luc, ils exerçaient le même métier de fabricants de toiles ou de tentes pour un usage domestique, et il fut même accueilli dans leur maison (Ac 18,3). Le motif de leur venue à Corinthe avait été la décision de l'empereur Claude de chasser de Rome les Juifs résidant dans l'Urbs. […] Les deux époux avaient déjà embrassé la foi chrétienne à Rome dans les années 40 et, dans la ville de leur exil, ils avaient trouvé Paul qui partageait cette foi avec eux. La première rencontre a donc lieu à Corinthe, où ils l'accueillent dans leur maison et travaillent ensemble à la fabrication de tentes. Ensemble ils se rendirent en Asie mineure, à Ephèse. Ils jouèrent là un rôle déterminant pour compléter la formation chrétienne du juif alexandrin Apollos. […] Ainsi nous apprenons le rôle très important que ce couple joua dans le milieu de l'Eglise primitive : accueillir dans leur maison le groupe des chrétiens locaux, lorsque ceux-ci se rassemblaient pour écouter la Parole de Dieu et pour célébrer l'Eucharistie. C'est précisément ce type de rassemblement qui est appelé en grec "ekklesìa" – en français "église" – qui signifie convocation, assemblée, regroupement. Dans la maison d'Aquilas et de Priscille, se réunit donc l'Eglise, la convocation du Christ, qui célèbre là les saints Mystères. Nous pouvons précisément voir la naissance de la réalité de l'Eglise dans les maisons des croyants. (1)

Depuis plus de deux mois, la Maison St Paul est vide. Nous tentons de garder (un peu) les liens qui unissent les disciples, en attendant de retrouver des frères et sœurs dans « notre maison ». Ce vendredi 22 mai est le premier des dix jours entre Ascension et Pentecôte, dix jours privilégiés pour le discernement, afin de faire place à Dieu sans se précipiter dans l'action. Pour que la vie que nous engageons soit bien la nôtre, mais aussi celle de Dieu. Le temps de tendre nos voiles au vent de l'Esprit, à la manière des Apôtres : « Après l'Ascension, ils revinrent à Jérusalem. Ils montèrent à la chambre haute, où ils se tenaient d'ordinaire. Tous d'un même cœur, ils étaient assidus à la prière » (Ac 1,13-14). Nous nous retrouverons "assidûment" – bientôt – pour attester que, dans nos villes où passent et/ou restent tant de gens de partout, le Seigneur en fait un peuple à lui. AMEN.

(1) Benoît XVI Audience générale du 07 février 2007

 

 

Sixième Dimanche de Pâques

 

De là cette joie qu’il nous donne

Psaume 65,6

Evangile de Jean, chapitre 14, versets 15 à 21

Après leur avoir lavé les pieds, Jésus s’entretient avec ses disciples :

Si vous m’aimez, vous garderez mes commandements… Celui qui reçoit mes commandements et les garde, c’est celui-là qui m’aime.

Les disciples aiment Jésus, avec qui ils ont vécu ces dernières années. Et nous aussi, nous aimons Jésus, au fur et à mesure que nous le connaissons mieux. Dans ce discours, Jésus voit sa mort venir, et il confie aux disciples « ses commandements » pour maintenir vif en eux l’amour qu’ils Lui portent. Ses commandements, au pluriel ? Mais Jésus ne nous a-t-il pas laissé un commandement, celui de l’amour ? Alors que sont les commandements de Jésus ? A travers tous les moments qu’ils ont vécu avec Lui, au fil des échanges et des conversations, Jésus a révélé aux disciples, et aussi à nous, un style de vie. Les « commandements » de Jésus, ce ne sont pas tant des commandements au sens de la loi ancienne, que plutôt des manières de vivre, d’être en relation, tout ce qui fait le style de vie de Jésus. Et c’est bien ce que nous aimons en Jésus, et ce pourquoi nous l’aimons.

En ces temps difficiles que nous vivons, où beaucoup de choses de notre vie sont chamboulés, où nous sentons une invitation à trouver un meilleur équilibre de nos comportements, tant individuels que collectifs, quels sont les « commandements » de Jésus qui nous seront utiles, quelles manières de faire que nous lui connaissons pourront nous aider ?

Parmi les réponses que chacun et chacune pourra donner, il en est une qui nous est sans doute commune : construire une espérance, qui soit véridique et non illusoire, pour les lendemains à affronter. C’est précisément la proposition de la première lettre de Pierre, la seconde lecture de ce dimanche : devant quiconque vous le demande sachez rendre raison de l’espérance qui est en vous ; mais faites-le avec douceur et respect.

Pour que ce soit possible, et fructueux, Jésus nous promet l’Esprit de vérité, l’Esprit qui nous aide à faire la vérité, comme nous l’avons déjà évoqué. En cherchant patiemment à entrer dans le style de vie de Jésus, et en écoutant son Esprit de vérité, nous pouvons tenir debout dans la situation actuelle, tendre la main avec sollicitude à nos frères et sœurs dans la peine, susciter ensemble une espérance.

Et par la grâce de Dieu, plus encore : de là cette joie qu’il nous donne !

Amen !

 

Ce sixième dimanche de Pâques, nous prions Marie avec le Pape François :

 

Dans la présente situation dramatique, chargée de souffrances et d’angoisses qui frappent le monde entier, nous recourons à Toi, Mère de Dieu et notre Mère, et nous cherchons refuge sous ta protection.

Mère de Dieu et notre Mère, implore pour nous de Dieu, Père de miséricorde, que cette dure épreuve finisse et que revienne un horizon d’espérance et de paix.

Protège les médecins, les infirmiers et les infirmières, le personnel sanitaire, les volontaires qui, en cette période d’urgence, sont en première ligne et risquent leur vie pour sauver d’autres vies. Accompagne leur fatigue héroïque et donne-leur force, bonté et santé.

Vierge Sainte, éclaire l’esprit des hommes et des femmes de science, pour qu’ils trouvent de justes solu- tions pour vaincre ce virus.

Assiste les Responsables des Nations, pour qu’ils œuvrent avec sagesse, sollicitude et générosité, en secourant ceux qui manquent du nécessaire pour vivre, en programmant des solutions sociales et économiques avec clairvoyance et avec esprit de solidarité.

Marie très Sainte, touche les consciences pour que les sommes considérables utilisées pour accroître et perfectionner les armements soient au contraire destinées à promouvoir des études adéquates pour prévenir de semblables catastrophes dans l’avenir.

O Marie, Consolatrice des affligés, embrasse tous tes enfants dans la tribulation et obtiens que Dieu intervienne de sa main toute puissante pour nous libérer de cette ter- rible épidémie, afin que la vie puisse reprendre dans la sérénité son cours normal.

Nous nous confions à Toi, toi qui resplendis sur notre chemin comme signe de salut et d’espérance, o clémente, o miséricordieuse, o douce Vierge Marie.

Amen.

 

Méditation du vendredi 15 mai

Alain LE NÉGRATE

« L’Esprit Saint et nous-mêmes avons décidé... » (Ac 15,28)

Au départ à Jérusalem et même à Antioche, la communauté chrétienne est composée de croyants d’origine juive. Mais Paul, en fondant des communautés entièrement constituées de non-juifs, va faire du christianisme une affaire de gens issus des Nations païennes. Ce fait déplaît aux conservateurs du "parti de la circoncision". Ils tentent de stopper ce qui, de leur point de vue, annonce une véritable catastrophe.

Dans l'épître aux Galates, Paul donne sa vision des événements : « des faux-frères, ces intrus, se sont infiltrés comme des espions pour voir quelle liberté nous avons dans le Christ Jésus ; leur but étant de nous réduire en esclavage » (Ga 2,4). Or, la liberté est non négociable : « Là où est l’Esprit du Seigneur, là est la liberté » (2Co 3,17). Alors Paul décide de monter à Jérusalem avec Barnabé pour en référer aux autorités qu'il nomme "les colonnes". Luc, dans le chapitre 15 des Actes des Apôtres, relate sans doute les mêmes événements lors de l’Assemblée de Jérusalem. C’est là que les Apôtres et les Anciens de l’Eglise-mère décident que le mouvement de Jésus pourra s'étendre au-delà du judaïsme, jusqu'aux extrémités de la terre. Dans les Actes, c'est clairement un mouvement de portée universelle, piloté par l'Esprit Saint.

Quand Pierre dit : « Dieu, qui connaît les cœurs, a rendu témoignage aux païens en leur donnant l’Esprit Saint tout comme à nous (les juifs), sans faire aucune distinction entre eux et nous. » (Ac 15,8-9), il fait écho à Paul : « Dieu ne fait pas de différence entre les personnes » (Ga 2,6). Le caractère universel du christianisme reposera désormais sur la liberté de la personne humaine, quelle qu’elle soit : « Il n'y a plus ni grec ni juif, ni esclave ni homme libre, ni homme ni femme » (Ga 3, 28). (1)

Souvenons-nous que Jésus a commencé sa prédication non à Jérusalem, mais dans la Galilée des Nations, lieu symbolique de l'ouverture à tous les peuples. La mission de Jésus a lieu dans les villages et les villes de Galilée, autant dire notre monde d'aujourd'hui, ou plus précisément notre banlieue où l'on rencontre des personnes de cultures et de religions différentes. Si l'on veut bien se donner la peine de la rencontre nécessaire, un dialogue sera peut-être possible et l'Esprit pourra nous réserver des surprises. L’Esprit de Jésus a bousculé l'Apôtre des Nations et, par ricochet, Jacques frère du Seigneur, Jean et même Pierre parfois imprévisible, si l’on en croit Paul lors de l’incident d’Antioche (Ga 2).

Dernière chose : en « ouvrant aux païens la porte de la foi » (Ac 14,27), Dieu ne renie en rien l’Alliance mosaïque et cela, Paul le sait depuis toujours. Toute sa réflexion revient à interroger sa mémoire juive pour annoncer le Christ Jésus mort et ressuscité « selon les Ecritures ». Dans l’épître aux Romains, sa grande œuvre théologique, il exprime son continuel tourment dû au rejet massif par ses frères juifs de la Bonne Nouvelle de la Résurrection (Rm 9,2-3). Pour lui, le Dieu de Moïse garde son secret mais, c’est sûr, « Israël tout entier sera sauvé » (Rm 11,36). AMEN.

(1) cf. Alain Badiou, philosophe marxiste, dans Saint Paul, la fondation de l'universalisme PUF 1997

 

Cinquième Dimanche de Pâques

 

Oui, elle est droite, la parole du Seigneur ;
il est fidèle en tout ce qu’il fait.

Psaume 32,4

 

Evangile de Jean, chapitre 14, versets 1 à 12

Après leur avoir lavé les pieds, Jésus s’entretient avec ses disciples. Il évoque souvent « là où il s’en va », ce qui laisse les disciples perplexes. A la question directe de Thomas, Jésus répond par ces mots que nous connaissons bien :

Je suis le chemin, la vérité et la vie.

Le chemin. Nous apprécions de marcher sur les chemins d’une forêt, ou sur des chemins de montagne, qui nous offrent des paysages splendides, des lieux agréables où nous aimons passer. Le chemin, aussi, nous emmène quelque part, et il s’agit de trouver le bon, aux croisements et aux bifurcations, où nous pouvons hésiter sur celui qu’il faut suivre. Et puis, il y a le chemin d’une vie, comme nous disons de quelqu’un qu’il a fait du chemin depuis tout ce temps, ou pour quelqu’un qui a su rester sur le droit chemin. Jésus est le chemin, selon tous ces aspects et bien d’autres : non seulement il nous accompagne sur nos chemins, mais aussi à l’écouter nous trouvons le bon chemin.

La vérité. Lors de la conversation avec Nicodème, alors que la lumière commence à dissiper la nuit, Jésus lui dit : « Celui qui fait la vérité vient à la lumière ». Pour trouver la vérité, il convient de la faire, de travailler et de se battre, parfois dur, pour qu’elle apparaisse et éclaire de sa lumière. Et lorsque Pilate l’interroge lors du procès, où précisément il s’agit bien de faire la vérité, Jésus ne parle que pour rendre témoignage à la vérité. La vérité de la situation, la vérité des personnes qui y sont engagées, c’est ce qu’il a fait tout au long de sa vie. Jésus est la vérité : non une doctrine, ou une idée, mais le patient et respectueux cheminement vers la lumière.

La vie. Souvent, Jésus engage ses interlocuteurs à distinguer la vie de notre quotidien, celle qu’il convient de nourrir, et dont il faut prendre soin, de cette vie plus profonde et plus joyeuse qui est libérée, et qu’il appelle la vie éternelle, déjà pour aujourd’hui. Libérée des soucis, certes, de ce retour constant sur soi, mais aussi et surtout libérée de nos peurs, et en particulier de la mort, cette peur qui nous tient si facilement sous son emprise. Jésus a rendu libres tous ceux qui, par crainte de la mort, passent toute leur vie dans une situation d’esclaves, dit la lettre aux Hébreux. Jésus est la vie : à le suivre, nous entrons dans cette vie libre et joyeuse dont il témoigne constamment.

Jésus est le chemin, la vérité, la vie. « Là où il va », c’est tout simplement vers Dieu, son Père et notre Père. En cherchant la vie là où elle est cachée, en faisant la vérité dans les ténèbres, en marchant sur le chemin, Jésus nous ouvre l’accès à Dieu même.

Amen !

 

Ce cinquième dimanche de Pâques, nous prions Marie avec le Pape François :

Ô Marie,
Tu brilles toujours sur notre chemin
comme un signe de salut et d’espoir.
Nous nous confions à toi, Santé des malades,
qui auprès de la Croix, a été associée à la douleur de Jésus,
en restant ferme dans la foi.

Toi, Salut du peuple fidèle,
tu sais de quoi nous avons besoin
et nous sommes sûrs que tu y pourvoiras pour que, comme à Cana de Galilée,
la joie et la fête reviennent
après cette épreuve.

Aide-nous, Mère de l’amour divin,
à nous conformer à la volonté du Père et à faire ce que nous dira Jésus,
qui a pris sur lui nos souffrances
et s’est chargé de nos douleurs
pour nous conduire à travers la Croix, à la joie de la résurrection.

Amen.

 

Méditation du vendredi 08 mai

Alain LE NÉGRATE

« Je suis le chemin, la vérité, la vie » (Jn 14, 6)

Il y a de multiples façons de comprendre cette définition de lui-même par Jésus. Au moment où nos voisins et amis musulmans vivent le mois – ils disent le mois béni – du Ramadan, saisissons l’occasion d’approfondir cette parole.

« Dieu veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à connaissance de la vérité, car il n'y a qu'un seul Dieu. » (1 Tm 3, 3-5) La vérité révélée est pour tous, pas seulement pour nous. D’autre part, elle n’est pas acquise : « Lui, l'Esprit de vérité, vous guidera dans la vérité tout entière. » (Jn 16, 13) Dimanche dernier on a lu que le Christ est le pasteur de tous, il est mort pour tous, même pour ceux qui ne sont pas de son enclos. C'est pourquoi le pape François répète qu’il ne faut pas chercher à convertir, mais plutôt travailler à l’unité de tous les hommes, témoigner et prier : « pas de prosélytisme, non ! » (1).

Pierre Claverie, évêque d’Oran assassiné en Algérie deux mois après les moines de l’Atlas, disait :

Personne ne possède la vérité tout entière. Je crois que Jésus est bien « la voie, la vérité et la vie ». Mais, d'une part, je peux connaître intellectuellement qui est Jésus, en lui-même et en son message, sans pour autant en vivre. Sur ce plan déjà, je ne possède pas la vérité et même parfois, je la trahis. D'autre part, Jésus reste un mystère et nous n'avons jamais fini de découvrir les richesses de ce mystère. S'il dit être « la voie », c'est qu'il n'est pas une vérité statique, donnée une fois pour toutes dans son intégralité : il nous entraîne dans la communion du Père en nous faisant partager son expérience vitale, par l'Esprit Saint. Nous sommes donc sur le chemin de la connaissance qui s'achève dans le face-à-face. Dès lors, toute vérité m'intéresse parce qu'elle peut éclairer une part inconnue du mystère de Jésus. (2)

Plus loin que la rencontre et le témoignage, le Concile invite au difficile dialogue :

La vérité doit être recherchée selon la manière propre à la personne humaine et à sa nature sociale, à savoir par une libre recherche, par le moyen de l'enseignement ou de l'éducation, de l'échange et du dialogue par lesquels les uns exposent aux autres la vérité qu'ils ont trouvée ou pensent avoir trouvée afin de s'aider mutuellement dans la quête de la vérité, [...] ce qui exclut tout relent de coercition, de persuasion malhonnête ou peu loyale. (3)

A Nicodème venu de nuit le rencontrer, Jésus a dit : « celui qui fait la vérité vient à la lumière » (Jn 3, 21). Le notable juif n’a pas intégré le groupe des disciples. On le retrouve un autre soir, les bras pleins d’aromates pour l’embaumement du Crucifié (Jn 19, 39). Il s’est mis en marche, en chemin, car cet autre rabbi l’a touché. Même s’il ne se montre pas au tombeau le matin de Pâques, il est pour nous tous un frère du chemin. D’autres croyants deviennent des êtres chers, eux aussi, par les croisements de nos sorties. Le fait que leur révélation nous donne à voir un autre visage de Dieu nous pousse à chercher encore ce que signifie la parole de Jésus « le chemin, la vérité et la vie ». AMEN.

(1) Pape François, cathédrale de Rabat le 31 mars 2019
(2) P. Claverie dans une conférence chez les dominicains de Lille en 1992, publiée dans Humanité plurielle Cerf 2008 p. 291
(3) Déclaration Dignitatis Humanæ n. 3 et 4 Concile Vatican 2, 1965

 

 

Quatrième Dimanche de Pâques (3 Mai)

Le Seigneur est mon berger,
je ne manque de rien.

Psaume 22,1

 

Evangile de Jean, chapitre 10, versets 1 à 10

Lors de sa vie « publique », Jésus guérit et « enseigne ». Il enseigne, c’est-à-dire il parle aux gens, engage des conversations, de manière simple et pas compliquée. Jésus parle beaucoup avec des paraboles, nous racontent les évangiles synoptiques. Dans l’évangile de Jean, plutôt des discours, mais précisément ici, aujourd’hui, une parabole.

Nous les citadins, nous connaissons sans doute mal ces histoires de berger et de brebis ! Mais la parabole est très concrète : les brebis sont dans l’enclos, attendent de sortir vers les pâturages ; le berger ouvre la porte, les brebis reconnaissent sa voix, elles sortent de leur confinement pour profiter des espaces larges où elles trouveront des prés d’herbe fraîche, des eaux tranquilles. Le troupeau est l’objet de convoitise, et pas seulement du loup qui dévore, aussi du bandit qui vole, quelqu’un que les brebis ne connaissent pas.

La porte. Par où entrer et sortir. Et aussi d’où le berger peut être reconnu et distingué du voleur-bandit. A quoi les brebis reconnaissent-elles leur berger, le vrai ? D’abord à sa voix, qu’elles reconnaissent et qu’elles écoutent. Et puis au fait que le berger les connaît, chacune par son nom. Elles ont confiance en lui, se laissent guider et conduire, assurées et tranquilles de partir sur le bon chemin, vers la vie en abondance.

Moi, je suis la porte, traduit Jésus. Pour sortir, sur le juste chemin, pour traverser les ravins dangereux, trouver grâce et bonheur toute sa vie. Et aussi, pour entrer, se reposer au calme. Entrer ou sortir, toujours dans la confiance, parce que nous savons reconnaître la voix du Seigneur et qu’il nous connaît et nous appelle chacun-e par notre nom. Au seuil de la porte, c’est la voix qui nous remplit de joie et qui fortifie notre foi.

Avec les Pharisiens, qui ont du mal à comprendre des choses aussi simples, Jésus reprend l’histoire du peuple d’Israël, que les prophètes ont raconté avec l’image du berger. Après Moïse, qui guidait le peuple au désert vers le lait et le miel de la terre promise, combien ont-ils été qui ont égaré le peuple, au lieu de le conduire sur le juste chemin. Encore une fois, parce qu’ils n’avaient pas reconnu ni écouté la voix du Seigneur.

Au milieu des messages, nouvelles, bruits et autres qui viennent à nos oreilles, cherchons à repérer, entendre, écouter la voix de Jésus notre Seigneur, qui, du seuil de la porte, nous appelle et nous conduit.

Amen !

Ce quatrième dimanche de Pâques, nous prions pour les vocations :

C’est toi qui mets au coeur des hommes et des femmes, Seigneur,

le désir de te consacrer leur vie,

et tu leur donnes la force nécessaire pour répondre à cette vocation ;

dirige au long de leur marche vers toi

ceux et celles que tu appelles à ne chercher que ton Royaume :

qu’en renonçant à eux-mêmes pour suivre le Christ humble et pauvre,

ils se dévouent à ton service et à celui de leurs frères.

 

 

 

Méditation du vendredi, 1er Mai

Alain Le NÉGRATE

La conversion de Paul (Ac 9, 1-20)

Pendant tout le temps pascal, nous lisons dans les Actes des Apôtres l'histoire éclairée par la toute-puissance de l'Esprit du Ressuscité. A partir du chapitre 13, la figure de Pierre cède la place à Paul. Aujourd'hui nous lisons le premier des trois récits de la conversion de l’Apôtre des Nations. Pour saint Luc, auteur des Actes, cet événement est capital au point d’y revenir, de le reprendre différemment à plusieurs occasions, afin d’en saisir ce que saint Paul appelle la "folie de Dieu" : « Ce qui est folie de Dieu est plus sage que les hommes, et ce qui est faiblesse de Dieu est plus fort que les hommes » (1Co 1, 25). Il s'agit d'un virus, plus puissant encore que le Covid-Corona répandu sur toute la planète. Depuis 2000 ans, on a tenté de mettre fin à ce virus, mais aucun vaccin, aucun traitement n’ont jamais pu l’arrêter.

« La folie de Dieu, quand elle envahit celui qui répond à son appel, elle le transforme radicalement. A la différence du virus, elle ne peut agir qu'avec l'assentiment de son porteur. Elle a besoin de son adhésion, et lorsqu'elle l'a obtenue elle le fait mourir, pour ensuite le faire revivre. Le faire renaître à l'image du Fils de Dieu qui est mort pour nous et qui est ressuscité dans la gloire du Père. Cette faiblesse de Dieu, cette folie de Dieu – nous l'avons reconnue – c'est la grâce. Elle est faiblesse parce qu'elle ne s'impose pas. Parce qu'elle ne recourt ni à la contrainte ni à la violence qui, habituellement dans notre existence terrestre, accompagne l'exercice de la force. Mais elle est plus forte que toute la puissance humaine réunie parce qu'elle est au service de la volonté de Dieu, de son dessein bienveillant. Son dessein, en quoi consiste-t-il ? Tirer du néant une créature capable de partager la vie et la béatitude de Dieu. La transformation que la grâce opère en nous, c'est ce que le Seigneur Jésus appelait la conversion. Et la conversion qu'est-ce que c'est sinon « un changement de perspective pour réorientation du regard » selon Simone Weil, la philosophe juive amoureuse du Christ. La réorientation du regard, le changement de perspective, c'est cela la conversion et nous devenons chrétien par la conversion. Il n'y a pas d'autre porte possible qui nous mène dans l'Eglise. Pour faire partie du Corps du Christ nous devons absolument, obligatoirement, changer. Pour être chrétien il faut mourir et renaître. Cette conversion, cette metanoïa, est l'œuvre commune de notre volonté et de la grâce de Dieu qui nous est donnée en surabondance, notamment par le baptême. » (1)

Dans Actes 9, Saoul tombe de haut, foudroyé dans les éclairs et la lumière, aveuglé pendant trois jours – autant dire mort – avant d’ouvrir les yeux dans la rue Droite, chez Judas, grâce à Ananie qui lui confère le baptême – autant dire une renaissance. Il change de nature et même de nom, Saoul deviendra Paul. Ce retournement fait du persécuteur des disciples de La Voie, renversé sur la route de Damas, un persécuté à l’égal de son Maître et Seigneur. A son exemple , il rend pour toujours les armes de la violence. Aux yeux de ceux qui ne sont pas touchés par la grâce de Dieu, la mort/résurrection peut ressembler à une histoire de fous et le christianisme être considéré comme une faiblesse. Nietzsche a tenté de le démontrer en accablant Paul. Mais quand nous laissons l'Esprit-Saint nous transformer, quand nous laissons la folie divine nous envahir, le virus de la puissance du Ressuscité agit comme une force incoercible de transformation dans l'histoire. AMEN.

(1) Alexandre Siniakov La folie de Dieu Conférence de Carême, Luxembourg 08 mars 2015

Troisième Dimanche de Pâques (26 Avril)

 

Tu m’apprends, Seigneur, le chemin de la vie

Psaume 15,11

 

Actes des Apôtres, chapitre 2, versets 14 à 33

 

Au début du livre des Actes des Apôtres, Pierre prend plusieurs fois la parole, et son discours aux foules explicite ce que Paul, plus tard, appellera « la puissance de la Résurrection ». En ce dimanche, nous entendons le premier discours de Pierre, au jour de la Pentecôte.

Deux fois, dans ce discours : « Dieu l’a ressuscité ». Et dans ses autres prises de parole Pierre le redira plusieurs fois. Quand nous proclamons avec joie « le Christ est ressuscité », n’oublions pas que le verbe ressusciter est à la forme passive, ce qui signifie que l’auteur de cette action est sous-entendu : Dieu lui-même. Dieu a ressuscité Jésus d’entre les morts, et par là il a mis comme sa signature sur la vie de Jésus, sur ce qu’il a fait et dit, et tout particulièrement dans la dernière semaine, celle de la Passion.

Pierre le dit aussi d’une autre manière : « il n’était pas possible que la mort le retienne en son pouvoir ». Dans la vie de Jésus apparaît manifeste ce que disait le livre de la Sagesse : « Dieu n’a pas créé la mort, la mort ne règne pas sur la terre » (Sg 1,13-14). Et la lettre aux Hébreux confirmera : « Il [Jésus] partagea notre condition, afin de réduire à l’impuissance, par sa mort, celui qui détenait le pouvoir de la mort, c’est-à-dire le diable, et de délivrer ceux qui, par crainte de la mort, passaient toute leur vie dans une situation d’esclaves » (Hb 2,14-15). En ressuscitant Jésus d’entre les morts, Dieu signe la victoire de Jésus sur le pouvoir de la mort, et ne laisse pas son bien-aimé, celui qu’il aime, en ce pouvoir-là.

Quelle est donc cette vie, victorieuse du pouvoir de la mort, qui se trouve en Jésus ? Jésus lui-même en parle de temps à autre dans l’évangile de Jean, et il l’appelle « la vie éternelle ». Qu’il ne garde aucunement pour lui-même, mais qu’il voudrait nous voir y atteindre, par la foi en Lui. Ainsi donc, frères et sœurs, cherchons cette vie plus forte que la mort, que nous promet Dieu notre Père depuis le commencement, en nous rendant le plus possible familier de Jésus, en le contemplant. Oui, vraiment :

Tu m’apprends le chemin de la vie, en ta présence débordement de joie !

Amen !

 

Méditation du vendredi, 24 avril

Alain LE NÉGRATE

Dans l’Evangile d'aujourd'hui, une foule suit Jésus jusque dans la montagne pour bénéficier de son pouvoir de guérison. Jésus s'arrête, s'asseoit et jette son regard sur tout ce monde en grande attente. Tant de gens approchent celui qui les délivrera de leurs maladies ou de celles de leurs proches. Ça ressemble à notre moment pandémique où tant de foules, faites des plus précaires, des plus fragiles, cherchent à vivre, à survivre et voient bien que toutes les hautes éminences pataugent.

Alors Jésus se tourne vers Philippe. Il le met à l'épreuve en le questionnant : « Où pourrions-nous faire des achats pour les nourrir tous ? » En bon organisateur, en bon comptable, l’apôtre répond : « Mais… ». En effet tout ce qu’il a appris par la vie et à l’école jusqu’à présent lui fait dire qu’avec six mois de salaire on ne pourrait pas acheter de quoi donner à chacun ne serait-ce qu' « un tout petit quelque chose à manger ».

Philippe vient d’échouer à l'épreuve. Il a encore du chemin à faire, comme nous tous. Il est des faims qu'on ne pourra jamais calmer, même avec tout l'or du monde.

Non loin là, en Galilée, Jésus avait dit aux mêmes foules : « Heureux les doux, ils posséderont la terre ». Maurice Bellet († 2018), prêtre et écrivain, a découvert la douceur – la divine douceur – lors d'un long séjour à l'hôpital. Il ne savait pas s'il survivrait à l'épreuve. C’est alors qu’allongé et perfusé, il a écrit L'Epreuve ou le tout petit livre de la divine douceur (1). Son voisin de chambre était un Algérien de 76 ans venu pour une opération de la prostate. Peu de conversation, mis à part le temps, le personnel soignant et, inévitablement, l'urine. La sienne était rouge-sang.

« Il m'a été donné, grâce sans prix, qu'en effet vienne à moi tel visage, telle parole qui témoignent que la destruction n'est pas le dernier mot de tout, que peut demeurer dans les fonds et dans les lointains, cette étrange, cette divine douceur que la loi du monde ignore. Je ne sais ni d'où elle vient ni où elle va. Je sais seulement qu'elle donne et ne prend pas. » (2)

Ces semaines de confinement, nous avons le temps de méditer sur les effets de la mondialisation, sur demain et ce que devra être le monde d’après. Pour ne pas trop nous tromper, reprenons notre vade-mecum évangélique. L’Esprit y souffle un vent contraire à la pensée dominante qui invite à savoir, à pouvoir, à prendre, à posséder. Tirons les leçons de l’épreuve ratée par Philippe. Plus loin, dans le quatrième Evangile, le même apôtre pose une bonne question : « Seigneur, montre-nous le Père, et cela nous suffit ». Cette fois encore il n’est pas félicité, mais il a déjà beaucoup appris. Et nous aussi.

Ce vendredi 24 avril commence le mois de Ramadan. Chaque jour du mois lunaire, le jeûne rappelle au fidèle musulman qu'il doit réajuster sa faim. Non de pain, mais de bien plus. Comme Maurice Bellet l'aurait fait pour son voisin de chambre kabyle aux urines sanglantes, nous souhaitons à tous nos voisins et nos amis musulmans la divine douceur qu’on n'achètera jamais. La vie au goût d’éternité après laquelle nous courons nous est déjà donnée infiniment. AMEN.

(1) M. Bellet L’épreuve DDB 1988

(2) M. Bellet La longue veille DDB 2008, p. 271

 

Deuxième Dimanche de Pâques

 

Il nous a fait renaître pour une vivante espérance.

1 Pierre 1,4

 

Evangile de Jean, chapitre 20, vv 19 à 31

« Les portes étant verrouillées, Jésus vint, se tint au milieu d’eux, et leur dit : La paix soit avec vous »

L’évangéliste raconte cela deux fois, à une semaine d’intervalle.

Les portes étaient verrouillées. Nos portes à nous, aujourd’hui, pendant la crise sanitaire, ne sont pas verrouillées, mais elles sont fermées. Et la vie, le temps qui passe, sont devenus difficiles.

Parce que nous n’avons plus de liberté de mouvement. Pouvoir aller et venir, sortir de chez soi pour se promener ou boire une bière, pour rendre visite à un ami ou à un malade, pour profiter de la nature : la liberté de mouvement nous est essentielle, elle est notre vie même. Nous pensons alors aux prisonniers, et aux migrants, pour qui plusieurs s’inquiètent.

Parce que nous éprouvons de la crainte, peut-être de l’angoisse. Pour nous-mêmes, la mort tend à nous tenir sous son emprise, à cause surtout de l’incertitude de sa venue. Et pour ceux qui nous sont chers, à cause de notre impuisance à les rejoindre et à les soutenir. Nous rendons grâce alors pour les soignants, et pour tous ceux et celles qui font tenir notre vie.

Et puis Jésus, le Ressuscité, le Vivant, se tient au milieu d’eux, et leur offre la paix.

Jésus Ressuscité offre une présence en plein milieu de l’enfermement, il fait renaître une espérance, cette manière de se tenir ouvert et d’avance consentant à ce que sera l’avenir. Et puis, Jésus Ressuscité console ses amis, comme il l’a déjà fait avec Marie-Madeleine au jardin. Eux privés de liberté de mouvement, il les envoie, il fait d’eux des envoyés comme Dieu le Père a fait de lui un envoyé. Eux qui étaient dans la crainte, tout leur être est rempli de joie, parce qu’il est là, au milieu d’eux.

Où trouverons-nous des ressources pour vivre le temps qui est le nôtre ?

Peut-être dans la dernière parole du Ressuscité, qui s’adresse à nous : « Heureux ceux qui croient sans avoir vu ».  

Amen !

 

 

Méditation du vendredi 17 avril

Alain LE NÉGRATE

 

Simon-Pierre, Thomas, Nathanaël de Cana en Galilée, les fils de Zébédée et deux autres disciples : ils sont sept sur le bord de la mer. Comme des "copains d'avant", ils se retrouvent après une aventure si prometteuse à la suite du rabbi de Nazareth, fils de Joseph et de Marie. Une amitié s'est tissée entre eux, mais que faire après l'effroyable fin sur le Golgotha ? Ils sont là avec Simon qui a repris ses filets et sa barque, revenu à son entreprise de pêche.

L'arrestation de Jésus, son procès, son chemin de croix et son exécution étaient publics, en ville et devant tant de spectateurs. Tout le monde a vu l'exemple à ne pas suivre de qui ose défier les autorités religieuses et militaires. Maintenant, la suite est quasi secrète. Le Ressuscité retrouve les siens en petit comité et il se manifeste mais pas comme avant : « Les disciples ne savaient pas que c'était lui. » « Les enfants, auriez-vous quelque chose à manger ? ». Les enfants... quelle étonnante familiarité pour un inconnu ! C'est de cette manière que l'auteur de la première lettre de Jean s'adresse à sa communauté : « Petits enfants... » (1Jn 2, 18 ; 3, 7). Justement ce n'est pas un inconnu et nous le savons, nous les lecteurs disciples du Vivant, qu'il regarde tous les siens avec les yeux du Père. « Le Père et moi nous sommes un » (Jn 10, 30).

« Auriez-vous quelque chose à manger ? » Les pêcheurs qui n'ont rien répondent « Non ». Et suit la pêche, le filet archi-plein, la reconnaissance par le disciple bien-aimé, le petit déjeûner sur la plage. Puis cette retenue des disciples : « aucun n'osait lui demander 'Qui es-tu ?' ». Ils le reconnaissent mais sont perplexes. Un peu comme en Samarie quand, revenant de la ville, ils ont trouvé Jésus assis sur un puits, en conversation avec la Samaritaine : « aucun n'osait lui demander 'Pourquoi parles-tu avec elle ?' » (Jn 4, 27). Le Seigneur les avait étonnés, ça continue. En réalité, c'est de nous qu'il s'agit. Le Ressuscité n'aura jamais pas fini de nous surprendre. Lisons ce récit – Parole de Dieu – comme une invitation à dépasser le traumatisme, les échecs les plus cuisants dans le temps de notre histoire. Notre moment de pandémie mondiale ne mettra pas fin à l’aventure des disciples du Fils Bien-Aimé. C’est le temps de regarder en avant, c’est notre temps pascal. « Jésus s’approche, prend le pain, le leur donne, et de même pour le poisson. » Le poisson, ce sont les disciples qui l’ont apporté, ils s’en sont dessaisis pour que lui-même le donne. Comme autrefois, quand il nourrissait les foules avec le pain et le poisson, le Seigneur s’approche et se donne en Pain de Vie pour tous, éperdument. Il ne peut le faire qu’avec le concours de disciples réchauffés à son feu de braise, prêts à tout donner et repartir pour que tous ceux qui sont enfermés, isolés dans le désespoir peut-être, le doute, la peur de la maladie et de la mort, puissent se laisser approcher eux aussi.

« C’était la troisième fois que Jésus ressuscité d’entre les morts se manifestait à ses disciples ». Les deux premières fois c’était au Cénacle, le jour même de Pâques en l’absence de Thomas et le dimanche d’après. La troisième fois il se montre en Galilée pour que reparte la barque de Pierre afin de témoigner et chanter la Bonne Nouvelle qu’à toute nuit une aurore met fin, qu’à toute mort, la vie met fin.

Dans la première lecture, nous lisons à propos du nom de Jésus : « Sous le ciel aucun autre Nom n’est donné aux hommes, qui puisse nous sauver. » Nous pouvons chanter avec Paul et les chrétiens de Philippes, ceux d’ailleurs et de toujours :

Dieu l’a exalté : il l’a doté du Nom qui est au-dessus de tout nom, afin qu’au nom de Jésus tout genou fléchisse au ciel, sur terre et aux enfers, et que toute langue proclame :« Jésus Christ est Seigneur » à la gloire de Dieu le Père. (Ph 2, 9-11)

 

 

Méditation du Vendredi saint, 10 avril 2020

Alain LE NÉGRATE

Le chemin de croix a été conçu pour marcher à la suite de Jésus, depuis la condamnation à mort jusqu'à la mise au tombeau. Trois chutes jalonnent le parcours des pèlerins. Les commentaires des stations 3, 7 et 9 qui suivent sont extraits d’un écrit de Timothy Radcliffe (1).

3ème station : Jésus tombe pour la première fois

Nous avons tous connu diverses « premières chutes ». Il y a la première fois que nous avons désobéi consciemment à nos parents, le premier mensonge, la première incartade sexuelle. Quand nous nous marions, nous sommes convaincus que notre bonheur durera toujours, puis survient la première dispute, voire la première trahison sous une forme ou une autre. Les premières chutes sont marquées par la honte et le déni. Elles font vaciller l'image que nous avons de nous. Après avoir mangé du fruit, Adam a rejeté la faute sur Eve : « C'est la femme que tu as mise auprès de moi qui m'a donné de l'arbre, et j'ai mangé ! » (Gn 3, 12). Eve se dédouane à son tour : « C'est le serpent qui m'a séduite, et j'ai mangé » (v. 13). La faute en revient donc à Dieu, à l'autre personne ou au serpent. Mais pas à moi. Je ne suis pas comme ça. Je ne suis pas le genre de personne qui trahirait mon mariage ou le genre de prêtre qui trahirait sa vocation.

Le pape François a écrit dans Evangelii Gaudium : « En dépit des apparences, toute personne est immensément sainte et mérite notre amour » (n. 274). Osons regarder les gens qui nous paraissent horribles, effaçons la grimace de réprobation sur notre visage et saisissons, nous aussi, ce qu'il y a de bon en eux.

7ème station : Jésus tombe pour la deuxième fois

Lorsque Jésus est tombé pour la première fois, on pouvait comprendre. Il portait une croix très lourde. Qui n'en ferait autant ? Mais cette fois, c'est Simon de Cyrène qui la portait. Cela veut dire que si Jésus tombe à nouveau, c'est sans doute parce qu'il est totalement exténué. Il est vidé de toutes ses forces. Notre Seigneur a partagé cette faiblesse physique et la bénit. Il nous soutient aussi dans notre faiblesse morale. Quand nous tombons pour la première fois, nous pouvons imputer la faute à quelqu'un d'autre. « Je ne suis pas comme ça ! » Mais quand nous tombons encore et encore, nous sommes confrontés à notre indéniable manque de force morale.

Saint Paul a écrit : « Lorsque je suis faible, c'est alors que je suis fort » (2Co 12, 10). Lorsque je suis faible, je peux découvrir que je ne suis pas seul à lutter contre vents et marées. Jésus a partagé notre faiblesse afin que nous arrivions à partager sa force. Au cœur de chacun de nous, il y a le puissant Fils de Dieu. Le pape François a dit qu'être moral, ce n'est pas de « ne jamais tomber » mais de se relever toujours.

9ème station : Jésus tombe pour la troisième fois

Jésus s'effondre, accablé. Par sa chute, Jésus se rapproche de ceux qui lui ressemblent, afin qu'un jour ils partagent eux aussi sa gloire.

Des gens accablés par la maigreur de leur salaire doivent choisir entre acheter à manger et chauffer leur maison. Ils dépendent des banques alimentaires. Il y a aussi ceux qui se sentent accablés par la faute morale, comme Pierre, qui a renié Jésus trois fois. Jésus se relève avec difficulté et continue : un pas de plus vers la croix, un pas de plus vers Pâques. Puis il ôtera le fardeau des épaules de Pierre – et des nôtres – avec une infinie douceur. Sans même faire allusion à sa faute, il donnera à Pierre trois occasions de se dédire : « M'aimes-tu plus que ceux-ci ? » (Jn 21, 15). Pierre sera capable de saisir, par-delà ce désir superficiel de sauver sa peau, la faim profonde et constante de sa vie, l'amour pour son Seigneur : « Tu sais que je t'aime ». Alors lui aussi sera capable de se relever et de marcher à nouveau. Quoi que nous ayons fait, Jésus nous remet debout.

(1) T. Radcliffe Chemin de Croix Cerf 2015. L’auteur fut Maître général des Dominicains de 1992 à 2001.

 

Dimanche des Rameaux et de la Passion

John-Marie Carrière

 

Portes, levez vos frontons ! Qu’il entre le roi de gloire !
Psaume 24

Evangile de Matthieu, chapitre 21, vv 1 à 11

 

Une entrée triomphale. Des gens plein les rues qui acclament et applaudissent, agitant leurs rameaux et s’inclinant sur son passage et criant ou chantant : « Hosanna au Fils de David ! ». Et toute la ville est en proie à l’agitation, on se demande ce qui se passe, qui est celui qu’on acclame.

Celui qui entre aujourd’hui à Jérusalem, la capitale de David, c’est le fils de David, le messie, qui vient établir sa royauté tant attendue. Une royauté de paix, qui aura souci des plus pauvres (Ps 72,4). Voilà ce qui met la foule, et les disciples au premier rang, en grande liesse. On n’entend pas les opposants.

Nous n’oublions pas combien, tant de fois, et comment, Jésus nous a parlé du Royaume de Dieu tout au long de ses pérégrinations. Que ce royaume est proche de nous, qu’il grandit parmi nous.

Jésus maintenant ne dit rien, il a juste donné des instructions pour une entrée humble, sur un âne. Jésus laisse faire les disciples, la foule.

Au fur et à mesure de la semaine qui s’ouvre, c’est bien de la royauté de Jésus qu’il va être question, sur laquelle on va l’interroger, pendant les procès, et jusqu’à l’écriteau que Pilate fera mettre au-dessus du crucifié. Nous entrerons pas à pas dans le mystère de la royauté de Jésus, dans le mystère du Royaume de Dieu.

Nos rues sont quasiment vides, nous sommes confinés à la maison, nous ne pouvons pas faire ensemble cette belle procession des Rameaux qui nous réjouit chaque année. Grâce à cette intériorité à laquelle nous sommes invités – non sans solidarité les uns avec les autres – que le Seigneur nous donne la grâce d’entrer plus profondément dans le mystère de la royauté de Jésus, qu’il nous accorde la joie d’y participer chacun·e à notre manière.

Amen !

 

Puis, après avoir lu le récit de la passion de Jésus, nous commençons la semaine sainte.
Que Dieu nous vienne en aide pour apprendre à aimer à la manière de son Fils.

Apprends-nous, Seigneur, à soutenir
ceux qui peinent sous le poids de l’existence,
ne parvenant pas à sortir de l’échec
ou de l’engrenage qui les enfonce petit à petit vers la misère.
Seigneur, nous te prions.

Apprends-nous, Seigneur, à offrir notre présence
à ceux qui vivent dans la grisaille de l’oubli ou de la solitude.
Apprends-nous aussi à demeurer aux côtés des malades que l’espoir abandonne
et à leur témoigner une authentique tendresse.
Seigneur, nous te prions.

Il n’est pas possible, Seigneur, de penser à la passion de Jésus
sans y associer toutes celles et ceux qui souffrent et meurent maintenant
dans la guerre, les actes terroristes, les pandémies, ou à cause de leurs conséquences.
Aujourd’hui nous voulons y joindre …..
pour lesquels nous sommes prions particulièrement.
Seigneur, nous te prions.

En nous tous qui voulons porter des rameaux pour t’acclamer, fais naître le courage de marcher avec toi sur le chemin où l’on aime Dieu et son prochain comme soi-même. Amen.

 

(sur le site de Port Saint Nicolas)

 

 

Méditation du Vendredi, 03 Avril

Alain LE NÉGRATE

 

Dans le psaume 17 (18) d'aujourd'hui, un condamné à mort crie vers le ciel :

Les liens de la mort m’entouraient,
le torrent fatal m’emportait ;
des liens infernaux m’étreignaient :
j’étais pris aux pièges de la mort.
 

Dans mon angoisse, j’appelai le Seigneur ;
vers mon Dieu, je lançai un cri.

La prière multimillénaire des juifs et des chrétiens, de tous les monastères du monde en particulier, rejoint les cris, les angoisses et les appels au secours qui n'ont jamais cessé depuis que le monde est monde. Par la faute des violents. Dans la littérature universelle, c’est peut-être le premier livre qui donne la voix aux opprimés, aux faibles et aux derniers. Les psaumes ont sauvé de l'oubli cette mémoire que le théologien Jean-Baptiste Metz a qualifiée de "souvenir dangereux".

Mais il ne s'agit pas d'une revanche. Au contraire, le cœur de cette résistance immémoriale c'est la confiance qu'un moderne pourrait bien qualifier de folle.

Quand je fais appel au Seigneur,
je suis sauvé de tous mes ennemis.

De son temple il entend ma voix :
mon cri parvient à ses oreilles.

Elle est là cette confiance. Rien ne l'explique vraiment, mais elle monte la musique des psaumes, par les chœurs des moniales ou la récitation gestuée des hassidim, par la prière rabâchée à voix forte ou en silence.

Dans le même psaume, il y a un autre verset non retenu pour la liturgie de ce jour :

Au jour de ma défaite ils m'attendaient,
mais j'avais le Seigneur pour appui.
Et lui m'a dégagé, mis au large,
il m'a libéré, car il m'aime.

« Il m'a mis au large ». Pour comprendre la portée de cet acte de foi, on peut se référer au psaume 117 (118) qui dit aussi :

Dans ma détresse j'ai crié vers le Seigneur,
et lui m'a exaucé, mis au large.

Le mot détresse s’écrit en hébreu HaMeTSaR, c'est-à-dire le nom même de l'Egypte qu’on retrouve dans MaSeR, le nom arabe de l’Egypte. La mise au large dont est assuré le priant, le criant et le croyant, c'est évidemment la Pâque, la libération d'Egypte.

Le 8 avril prochain au soir – notre mercredi saint – les familles juives se réuniront pour le Seder, le premier soir de la semaine de Pesah (la Pâque), pour revivre quasi sacramentellement la sortie d'Egypte.

Les chrétiens se prépareront en même temps, à célébrer l'autre passage de la mer, l'autre traversée de la mort avec le Christ. Dans une semaine exactement ce sera vendredi saint.

Ne négligeons pas la prière des Psaumes, la prière de Jésus, par laquelle il a exprimé jusque sur la croix sa confiance :

J’avais le Seigneur pour appui,
Il m'a libéré, car il m'aime.

 

 

Méditation du Vendredi, 27 Mars

Alain LE NÉGRATE

 

Dans l'Evangile de ce jour (Jn 7), la famille galiléenne de Jésus le provoque : « Nous allons à Jérusalem pour la fête des Tentes, viens donc avec nous et manifeste-toi au monde, c'est le moment. » En réalité ses frères se moquent de lui, ils ne croient pas en lui. Alors Jésus dit à ses frères : « Mon temps n'est pas encore venu ; votre temps à vous est toujours favorable. Le monde ne peut pas vous haïr, tandis que moi, il me hait. » (Jn 7, 6-7) La tension monte et, déjà, l'évangéliste présente le Verbe de vie condamné à mort.

Actualisons un peu. Un virus bouleverse la marche ordinaire de la planète. Et nous craignons vraiment pour nos aînés, surtout quand nous apprenons le décès de certains de nos voisins et de nos amis. Beaucoup d’entre nous sont enfermés dans l'attente de jours meilleurs. Comme vous je prends le temps de lire et relire aussi. J’ai relu cette semaine La Peste de Camus, livre tout récemment épuisé en format papier, même sur Amazon.

A Oran l'épidémie dure de longs mois et décime la population. Le Dr Rieux se dépense sans compter au chevet des pestiférés ; vite rejoint par des volontaires qui organisent les formations sanitaires. Le père Paneloux, sûr de lui au début, se lance devant une église comble dans un prêche qui justifie la calamité par le châtiment de Dieu : « Le fléau de Dieu met à ses pieds les orgueilleux et les aveugles. Méditez cela et tombez à genoux. » (1) Mais quand Paneloux assiste à la mort effroyable d'un enfant, le fils innocent du juge Othon, ses certitudes théologiques tombent en ruine. Auparavant, sollicité pour prêter main-forte aux "sauveteurs", il avait accepté, c'est pourquoi il était présent, lui aussi, à l'insupportable agonie d'un ange. Lors d’un second prêche à l’église, devant une assemblée beaucoup moins grande, il avoue ne plus comprendre : « Il y a scandale, il faut l'admettre parce qu'il faut choisir de haïr Dieu, ou de l'aimer. Qui oserait choisir la haine de Dieu ? » (2)

Devant la souffrance et le malheur, le mot de Jésus à son cercle familial résonne fortement : « Le monde ne peut pas vous haïr, tandis que moi, il me hait. » (Jn 7, 7) Dans la fiction de Camus, le prêtre d’Oran est descendu de la chaire, a retroussé les manches pour soulager les soignants, s’est arrêté au chevet du mourant, « regarda cette bouche enfantine, souillée par la maladie, pleine de ce cri de tous les âges. Et il se laissa glisser à genoux et tout le monde trouva naturel de l’entendre dire d’une voix un peu étouffée : ‘Mon Dieu, sauvez cet enfant’ » (3). Lui-même, avant la fin de l’épidémie, est mort à l’hôpital, veillé par le seul Dr Rieux qui, dans le récit, tient la place de l’auteur Albert Camus. (4)

La première lecture de ce jour est tirée du livre de la Sagesse, dans lequel on trouve au début ce verset : « Dieu n’a pas fait la mort, il ne se réjouit pas de voir mourir les êtres vivants. » (Sg 1, 13) On comprend que les premiers chrétiens se soient servi non seulement des poèmes du Serviteur souffrant dans Isaïe mais encore largement du livre de la Sagesse pour interpréter la mort du Fils Bien-Aimé. Dans l’épreuve, la souffrance et les persécutions, ils nous ont donné les éléments pour habiter notre monde sans cesser d’aimer. En aimant Dieu plutôt que de le haïr, en prêtant sans cesse nos bras, nos cœurs et nos intelligences pour adoucir – sans jamais les comprendre – la souffrance, le deuil et le scandale.

 « Mon temps n’est pas encore venu », dit Jésus. L’Heure, dans saint Jean, est celle où coïncident la glorification et la mort du Crucifié. Incompréhensible si celui que l’évangéliste qualifie de ‘Sauveur du monde’ n’incarnait pas l’Amour tout-puissant. Continuons notre chemin de Carême. AMEN.

 

(1) A. Camus Œuvres complètes La Pléiade Gallimard tome 2, 2006 p. 98

(2) ibid. p. 191

(3) ibid. p. 183

(4) ibid. p. 195

Méditation du Dimanche 22 Mars

4è dimanche de Carême 

Le Seigneur est mon berger, rien ne saurait me manquer (Ps 22)
 

Evangile de Jean, chapitre 9, vv 1 à 41

Jésus rencontre, en passant, un homme aveugle de naissance. Fort heureusement, la plupart d’entre nous ne connaissent pas cette expérience. Nous pouvons peut-être essayer d’imaginer, mais nous pouvons aussi écouter le très beau récit de Jacques Lusseyran, Et la lumière fut (Coll. Résistance ; Editions du Félin 2005), qui n’était pas aveugle de naissance, mais qui l’est devenu à huit ans suite à un accident.

Jésus est clair : pourquoi faudrait-il qu’il y ait une faute ou un péché à l’origine de cette situation d’être aveugle ? Certes, il est bien possible que nous soyons nous aussi dans quelque aveuglement – et la situation difficile que nous vivons actuellement pourrait nous aider à desciller nos yeux – mais la question n’est pas : où est la faute. Réponse claire de Jésus : cet homme est aveugle, et alors les œuvres de Dieu vont se manifester en lui. Non seulement sa guérison, mais aussi tout ce qu’il sera devenu capable de faire et de dire.

La première œuvre de Dieu, c’est Jésus qui l’opère. Par les gestes qu’il fait pour l’aveugle, Jésus quasiment recrée l’homme aveugle, un peu comme Dieu avait façonné l’homme avec la glaise au moment de la création. L’aveugle devient un homme neuf, entré dans la lumière que Dieu créa en premier au commencement. Jésus est la lumière pour notre monde.

Et ensuite, l’aveugle devenu voyant répondra clairement à tous ceux qui l’interrogent sur ce qui s’est passé, comment il a été guéri et s’est lavé. Les voisins, qui n’en croient pas leurs yeux, les autorités toujours soupçonneux d’un manquement aux règles du sabbat, les parents qui se défaussent de leur responsabilité, et les autorités encore, qui, bien que divisées entre elles, vont finir par exclure l’aveugle devenu voyant de la communauté de prière à la synagogue. A chaque confrontation, l’aveugle devenu voyant raconte ce que Jésus a fait pour lui : maintenant qu’il est voyant, il est un témoin. Il est un témoin de Jésus en racontant la merveille dont il a bénéficié, mais aussi en disant ce qu’il croit de Jésus.

Et pourtant, il n’a pas vu Jésus, concrètement. Quand il est revenu de se laver à la piscine de Siloé, Jésus avait disparu dans la foule. L’aveugle devenu voyant est un témoin sans avoir vu – comme dira Jésus à la fin de l’évangile : « Heureux celui qui croit sans avoir vu ! ». Mais c’est précisément au moment où il est exclu de la synagogue que maintenant Jésus vient à sa rencontre, et qu’ils se voient. Moment d’une rencontre joyeuse mais pleine de gravité, accueil réciproque où la foi brille d’une lumière nouvelle.

« C’est pour que les œuvres de Dieu se manifestent en lui ».

Frères et sœurs, goûtons au plus profond de notre cœur cette parole de Jésus, qui éclaire nos moments sombres et nos aveuglements, et laissons-la faire de nous des témoins joyeux du Christ, qui est la lumière du monde.

 

Au nom de Jésus, lumière du monde, adressons maintenant notre prière à Dieu notre Père.

Vois, Seigneur, le cœur de ces aveugles qui veulent mener le monde.
Que ta bonté réveille leur sensibilité et que des prophètes secouent leur torpeur.
Seigneur, nous te prions.

Vois, Seigneur, tes disciples d’aujourd’hui avec leurs questions et leurs doutes.
Que ta parole apaise notre inquiétude.
Seigneur, nous te prions.

Vois, Seigneur, les victimes de l’injustice des hommes ou des cataclysmes naturels.
Que notre solidarité renforcée en ce temps du carême leur apporte soutien et espérance.
Seigneur, nous te prions.

 

Seigneur notre Dieu, fais de nous des enfants de lumière pour qu’au milieu du monde nous suscitions l’espérance.

 

Méditation du vendredi 20 mars 2020

P. Alain LE NÉGRATE

Confinés comme nous tous dans nos ʻintérieursʼ, deux amis de longue date m'ont écrit qu'ils souhaitent que de ce moment particulier sorte du bon, peut-être le meilleur. D'abord un recul par rapport aux urgences aveuglantes au profit d'un réalignement des priorités de nos existences. Je remercie ces compagnons de route musulmans.

Au fond c'est à cela aussi que sert le temps de quarantaine (sens exact du mot Carême). Non pas pour un repli sur soi dans l'angoisse, mais pour relativiser notre moment devant des malheurs bien pires : la vraie guerre (en Syrie par exemple), la pauvreté extrême, les injustices et tous les cris qui montent vers le ciel.

De la Chine aux USA l’économie mondiale marque le pas. Eh bien que notre monde riche en mal de croissance saisisse ce temps favorable d’une pause. Au tout début de la monnaie, Aristote – cité par le pape François – avait déjà compris le danger de l’argent, en condamnant la spéculation financière parce qu'en elle, « l’argent lui-même devient productif, perdant sa véritable finalité qui est de faciliter le commerce et la production »[1]. La première lecture de ce jour nous met en garde contre la religion la plus répandue, à savoir l'idolâtrie : « Nous ne dirons plus à l’ouvrage de nos mains : “Tu es notre Dieu”. » (Os 14, 4)

La page du prophète Osée ne fait que préparer à entendre l'Evangile. Aujourd'hui un scribe pose une question à Jésus : « Quel est le premier commandement ? » (Mc 12, 28-34).

C'est un échange créatif entre deux maîtres de la Torah, cas unique d’un scribe, seul et favorable, en dialogue avec le rabbi galiléen, alors qu'habituellement ses pairs lui sont hostiles.

Jésus répond à la question bienveillante par leur credo commun : « Ecoute Israël, le Seigneur est notre Dieu, le Seigneur est Un. Tu l'aimeras... » (Dt 6, 4-5). A ce commandement il adjoint un second : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même » (Lv 19, 18). Puis il met les deux citations dans l’ordre en insistant : le premier et le second, et il affirme la supériorité de ces deux commandements sur tous les autres. Et c’est tout.

D'après John P. Meier, aucun autre écrit juif de la Palestine ou de la diaspora ne contient ces caractéristiques du double commandement d’amour. La nouveauté de cet enseignement du Christ a été encore rappelée par Benoît XVI : « Fermer les yeux sur son prochain rend aveugle aussi devant Dieu » (Deus caritas est, 16).

Qu’à l'écoute de la Parole de Vie, ce temps de Carême – et de désert eucharistique – ouvre grands nos yeux et nous délivre de toute tentation au repli. AMEN.

 

[1] Aristote in Politique I, 10, 1258b cité par le pape François lors d'un séminaire sur les "Nouvelles formes de fraternité solidaire". Au Vatican le 5 février 2020.

 

Dimanche 15 mars, 3è dimanche du Carême

Gaudete !

Soyez dans la joie !

Invitation au début de la messe de ce dimanche.

Dans un temps difficile, où nous ne pouvons nous retrouver autour de l’Eucharistie, cherchons la joie dans l’union de nos cœurs, et grâce à des gestes de solidarité envers ceux qui souffrent ou sont isolés.

 

Suggestions pour un temps de prière, chez soi, en famille

Commençons par un chant :

 

Ecoute la voix du Seigneur, prête l’oreille de ton coeur,

qui que tu sois, ton Dieu t’appelle

qui que tu sois il est ton Père,

 

Toi qui aimes la vie, ô toi qui veux le bonheur,

réponds en fidèle ouvrier de sa très douce volonté,

réponds en fidèle ouvrier de l’Evangile et de sa paix.

 

Ecoute la voix du Seigneur, prête l’oreille de ton coeur,

tu entendras que Dieu fait grâce,

tu entendras l’esprit d’audace,

 

Ecoute la voix du Seigneur, prête l’oreille de ton coeur,

tu entendras crier les pauvres,

tu entendras gémir ce monde,

 

Ecoute la voix du Seigneur, prête l’oreille de ton coeur,

tu entendras grandir l’Eglise,

tu entendras sa paix promise,

 

Ecoute la voix du Seigneur, prête l’oreille de ton coeur,

qui que tu sois fais-toi violence,

qui que tu sois rejoins ton frère.

 

Puis écoutons la lecture de l’Evangile 

 

Evangile de Jean, chapitre 4, versets 5 à 26.

Jésus, fatigué, a soif et demande à boire à la Samaritaine ; et au verset 15, la Samaritaine demande de l’eau à Jésus : comment s’est fait ce retournement ?
Entendre Jésus dire à la Samaritaine qu’elle parle bien, qu’elle parle vrai.
Adorer le Père en esprit et en vérité : comment faisons-nous cela dans notre vie ?

 

Puis, lisons la Prière Universelle de ce dimanche :

  • Prions pour les disciples de ce temps qui ont mis leurs pas dans ceux du Christ Jésus, afin qu’ils continuent d’accueillir la Bonne Nouvelle avec joie. Dieu fidèle, reçois notre prière. 
  • Prions pour les personnes appelées à réaliser les prémices du Royaume d’amour, de justice et de paix, afin qu’elles cherchent toujours sincèrement la vérité. Dieu lumière du monde, écoute-nous. 
  • Prions pour les personnes appauvries, celles dont la santé physique et mentale est fragile et celles considérées comme des exclues de la société, afin qu’elles trouvent toujours des êtres qui illuminent leurs vies. Dieu d’amour, nous te prions. 
  • Prions pour notre communauté, formée de disciples désirant suivre les pas de Jésus, afin que la lumière du Christ éclaire sans cesse notre route et nous ouvre aux appels de nos frères et sœurs. Dieu Saint, exauce-nous.

 

Enfin, ensemble nous disons :

 

Notre Père, qui es aux cieux…