En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples une parabole sur la nécessité pour eux de toujours prier sans se décourager :
« Il y avait dans une ville un juge qui ne craignait pas Dieu et ne respectait pas les hommes. Dans cette même ville, il y avait une veuve qui venait lui demander :
‘Rends-moi justice contre mon adversaire.’
Longtemps il refusa ; puis il se dit : ‘Même si je ne crains pas Dieu et ne respecte personne, comme cette veuve commence à m’ennuyer, je vais lui rendre justice pour qu’elle ne vienne plus sans cesse m’assommer.’ »
Le Seigneur ajouta : « Écoutez bien ce que dit ce juge dépourvu de justice !
Et Dieu ne ferait pas justice à ses élus, qui crient vers lui jour et nuit ? Les fait-il attendre ? Je vous le déclare : bien vite, il leur fera justice. Cependant, le Fils de l’homme, quand il viendra, trouvera-t-il la foi sur la terre ? »
MEDITATION
« La liturgie de la Parole nous présente l’importance de la prière. Autrefois, Moïse « sur le sommet de la colline tenait la main levée », soutenant, par la prière, Josué qui luttait contre les ennemis. Aaron et Hour, à leur tour, quand « les mains de Moïse s’alourdissaient, lui soutenaient les mains, l’un d’un côté, l’autre de l’autre. Ainsi les mains de Moïse demeurèrent levées jusqu’au coucher du soleil. Et Josué triompha » (Ex 17, 8-13). C’est une belle image, non seulement de la persévérance personnelle dans la prière, mais aussi de la force de la prière commune. Ce dimanche ouvre la Semaine Missionnaire Mondiale, nous invitant à la prière, en Église, pour soutenir tous ceux qui annoncent la Bonne Nouvelle sur les cinq continents. Jusqu’à quand certains peuples de la terre devront-ils encore lutter et se battre contre leurs ennemis, leurs adversaires et leurs opposants pour que leur dignité humaine, leur liberté religieuse et d’expression et leurs droits soient respectés et reconnus ? C’est à nous, maintenant, de lever les mains et d’accomplir ce geste, à la fois signe et symbole de la prière humaine et fraternelle, mais aussi personnelle et communautaire. Ensemble, faisons nôtre la prière que nous propose le psalmiste : « Levons les yeux vers les montagnes car le secours nous viendra du Seigneur, notre gardien, qui se tient près de nous. Il gardera notre vie, au départ et au retour, maintenant et à jamais » (Ps 120). Oui, il nous précède et nous accompagne toujours, il fait route avec nous car son nom est « l’Emmanuel, le Dieu-avec-nous ». Les paroles de Paul à Timothée nous rappellent que « les textes sacrés ont le pouvoir de nous communiquer la sagesse ». A chacun de nous, Paul « demande solennellement : proclame la Parole, interviens à temps et à contretemps, dénonce le mal, fais des reproches, encourage, mais avec une grande patience et avec le souci d’instruire » (2 Tm 3, 14-4, 2). C’est une exhortation qui, avant tout, nous encourage à savoir prendre du temps pour redécouvrir, individuellement et communautairement, le véritable sens des Écritures, c’est-à-dire la portée et la nouveauté permanente de la Bonne Nouvelle. Ensuite, elle nous invite à nous engager dans la nouvelle évangélisation, c’est-à-dire à avoir l’audace de témoigner de notre foi et à oser proclamer la Parole, là où nous vivons. (…) La Bonne Nouvelle de Jésus nous propose la parabole d’un juge inique et d’une veuve importune (Lc 18, 1-8). Le texte ne dit ni le nom de la ville ni les noms du juge et de la veuve ; ainsi cette histoire peut encore arriver partout et à chacun d’entre nous. Dans l’obstination et la ténacité de la veuve face à ce « juge qui ne craignait pas Dieu et ne respectait pas les hommes », on retrouve encore le thème de la prière. Une veuve – une femme toute seule – à la fois démunie et obstinée, mais qui obtiendra justice, face à ce juge au cœur endurci. Son attitude nous offre un double exemple : l’humilité, c’est-à-dire savoir-et oser demander et la persévérance, c’est-à-dire savoir-et-oser espérer. C’est le fruit de la prière inlassable. Une veuve, tenace et insistante, courageuse et importune qui au lieu d’abandonner, voire de se rendre (baisser les bras), persiste pour que le juge puisse lui rendre justice, face à son adversaire. Son obstination fera basculer l’attitude moqueuse de « ce juge dépourvu de justice » qui, exaspéré, lui accordera sa requête. Cette veuve peut symboliser la pauvreté et l’impuissance des exclus, des sans-voix, des marginaux dans nos sociétés mondialisées d’aujourd’hui. Combien de peuples, combien d’hommes et de femmes au quotidien – et certains depuis des décennies – subissent différentes formes d’injustices, de menaces, de violences, de conflits, d’attentats, d’exodes, de persécutions, d’exploitations, de corruptions, de mal-traitements, de harcèlements ? Combien se tournent vers Dieu pour lui adresser les cris de leurs souffrances et leur désir d’une existence plus humaine et d’une vie plus juste ? Des fois n’ont-ils pas l’impression – et peut-être nous aussi, avouons-le – que Dieu est absent et silencieux face à nos difficultés personnelles, aux problèmes entre les humains et dans le monde ? Et puis, qui-et-quoi et jusqu’à quand faut-il attendre pour rendre justice à ces victimes, à ces veuves, à ces veufs, à ces orphelins, à ces innocents qui « demandent : rends-moi, rends-nous justice contre... » ?
Père Alfonso Bartolotta Oblat de Marie Immaculée, Responsable National de l’Enfance Missionnaire







